Échec du financement des écoles : les mensonges du gouvernement

Gratuité ne veut pas dire que personne ne paie le prix. Le calcul électoral des Libéraux en éducation ne règle pas les problèmes de fond – il les crée.


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jean
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C’est écrit dans la Loi : l’école est gratuite. Tout ce qu’un parent devrait payer c’est dix « duo-tang » de couleurs variées,  huit crayons HB, un tube de colle Pritt 40 grammes et deux boîtes de Kleenex.

Correction : depuis juin 2018, exiger aux parents de fournir des mouchoirs est rendu illégal. Le ministre de l’Éducation nous a dressé une liste des items admissibles.

Il ne faudrait pas trop en demander aux parents.

Alors, quand le petit Daniel va se décrotter le nez en classe ou se moucher dans sa chemise, on va blâmer qui? Est-ce la faute à la commission scolaire – trop « cheap » pour fournir les items d’hygiène de base – ou au gouvernement qui ne finance pas adéquatement les écoles?

L’argent qui manque

Je n’ai jamais lu un rapport qui démontre combien coute un enfant dans le système scolaire. À date, personne ne peut m’expliquer pourquoi les taxes scolaires ne suffisent pas. Comment les commissions scolaires trouveront les sous pour régler un recours collectif de 300 millions de dollars, aucune idée.

Peu importe : avec des élections l’automne prochain, le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx a fait de la gratuité scolaire un enjeu électoral.

Puisque 1- le ministre de l’Éducation a décrété qu’il est illégal de faire payer les parents pour les sorties culturelles, et 2- les écoles n’ont pas d’argent, il est à prévoir que les écoles annulent les sorties culturelles. Le ministre décharge la responsabilité sur les commissions scolaires et ensuite affirme que les annulations seraient la faute… aux commissions scolaires.

Résultat dans le réel : le Regroupement national des diffuseurs de spectacles fait déjà part de 8 000 annulations pour la saison prochaine. Une éducation sans culture, sniff, et pas de mouchoirs pour essuyer les larmes.

Il y a de l’argent, mais le monde est pauvre et déresponsabilisé

Pendant que les théâtres crient famine (les artistes crevaient déjà de faim quand les salles étaient pleines) le gouverne-maman va nourrir les enfants des écoles primaires. Sébastien Proulx a fait l’annonce lui-même : trois mois avant les élections, le ministre fait pleuvoir 50 millions de dollars sur les écoles « pauvres » par l’entremise du Club des petits-déjeuners. Il n’y a pas d’argent dans son budget pour des dictionnaires, mais le ministre peut nourrir le tiers des enfants au primaire du Québec!

C’est un bonbon électoral qui aura des conséquences perverses : fournir les déjeuners va encore déresponsabiliser les parents. Beaucoup de gens vont arrêter de nourrir leurs enfants parce que dorénavant l’école paiera les Corn Flakes.

Prendre la place des mamans de 180 000 élèves, c’est important pour le gouvernement parce que « la réussite éducative, c’est l’affaire de tous. » L’utopie libérale, donc. Voilà comment Sébastien Proulx a justifié la dépense.

Permettez-moi d’exprimer mon désaccord avec les sophismes de notre ministre. Nourrir son enfant n’est pas l’affaire de tous; c’est la responsabilité fondamentale de chaque parent. C’est autant un devoir que de veiller à la sécurité et à la santé de son enfant, mais hélas voilà où nous sommes rendus en 2018.

Nous sommes rendus tellement pauvres que le gouvernement doit interdire aux écoles de nous demander une boîte de Kleenex. Nous vivons tellement dans la misère qu’on ne peut plus acheter une orange et un verre de lait pour notre enfant. Maintenant, c’est une responsabilité collective.

Les enfants du village

Selon les idéologues au pouvoir, c’est aux autres de payer pour nous… par l’entremise de l’État, qui se finance en nous prélevant des impôts. Pas le droit de payer les sorties scolaires de nos enfants. Ça, c’est la responsabilité du village. Nos voisins vont payer pour la bouffe de nos enfants. Ils vont payer leurs sorties, leur éducation et leur papier-cul.

En contrepartie, nos voisins pourront dicter à nos enfants comment penser, comment être tolérants, comment s’épanouir. Ils vont leur montrer c’est quoi la bonne culture et combien de vaccins il faut prendre. Nos voisins enseigneront à nos enfants comment faire un signalement au directeur de la protection de la jeunesse lorsqu’on refusera leur changement de sexe à onze ans. Ils leur enseigneront à bloquer les rues pour telle parade ou manifestation. Ils choisiront la couleur de leur carré. Rouge, c’est si beau!

Nos voisins pourront expliquer à nos enfants qu’ils vont contribuer à la collectivité un jour par le truchement de l’impôt le sur leur travail… si jamais ils s’en sortent de la misère bien sûr. L’impôt le plus élevé en Amérique du nord en passant, justifié par tous ces beaux services rendus à la population. Quand l’État paie ton déjeuner, ne vas pas chialer que t’es surtaxé.

De cette manière, le village de l’utopie libérale se renouvellera. On se tiendra la main en chantant Kumbaya tous ensemble. Et les esprits libres et éclairés seront formés.

C’est ça l’indépendance. C’est comme ça qu’on va sortir de la misère et bâtir la société de demain. Vive le Québec libre.


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Raymond Ayas

Un homme d'affaires à Montréal, Raymond aime discuter de politique et d'économie.

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