Les souhaits de Ramadan reformulés de Justin Trudeau

Dans son Canada « post-national » mettre l’accent sur les différences est devenu la marque de commerce du premier ministre Justin Trudeau, qui nous offre encore ses vœux à l’occasion du Ramadan.


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The Right Honourable Justin Trudeau, Prime Minister of Canada at the Women Deliver 2019 Conference. Photo by Women Deliver.

Dans son Canada « post-national » mettre l’accent sur les différences est devenu la marque de commerce du premier ministre Justin Trudeau, qui nous offre encore ses vœux à l’occasion du Ramadan.

Son objectif avoué de serait de « célébrer les communautés musulmanes du Canada » et d’apprécier les valeurs islamiques. À la surface, cela paraît louable, mais quel est le résultat d’une telle entreprise de communication?

Une usine à voeux

Notre champion national du multiculturalisme nous a habitués aux vœux officiels : il ne manque jamais Vaisakhi, Rosh Hashanah, Aïd al-Adha, Norouz, Noël, Thaï Pongal, Diwali, Bandi Chhor Divas et encore. À part les communautés religieuses, Trudeau célèbre chaque défilé de la « fierté » et salue aussi les dates telles que le Nouvel an chinois ou le Mois de l’histoire des Noirs.

Sa chaine YouTube est un véritable centre de production. Le plus frappant est qu’il est toujours habillé pareil dans son même bureau avec la photo de son père en arrière plan. Les a-t-il faits en série au début de l’année? Tel un robot avec son sourire figé, Trudeau nous parle dans le même ton et livre le même message sans saveur sur les valeurs de telle ou telle communauté. Il commence et termine invariablement avec une salutation dans une langue étrangère. On dirait la même carte Hallmark imprimée avec des mots différents à chaque fois!

Excès d’inclusivité et manque de sincérité

Pour un citoyen, il est naturel d’aimer son identité… d’ailleurs l’affirmer publiquement est rendu à la mode pour les membres des minorités ethniques et religieuses. Cependant, la majorité n’apprécie pas trop un politicien qui affiche sa religion de façon ostentatoire : l’homme d’état moderne se doit de représenter tous les Canadiens. Un Duplessis qui se signe en faisant une procession en église, ça ne passerait plus aujourd’hui. Par contre, un Justin Trudeau qui reçoit l’hostie des mains de l’archevêque deux semaines après avoir prié nu-pieds en mosquée – et quelques mois avant de garnir une idole de cadeaux en or dans un temple lors d’un voyage officiel en Inde, c’est encouragé – même si c’est un sacrilège pour les croyants chrétiens et musulmans.

Ne croyant pas au travail dans la discrétion, la « star » qui a besoin de se faire aimer célèbre toutes les identités imaginables. Peut-être que si j’avais soupé avec le Dalaï-lama sur les genoux de Papa à six ans, moi aussi je voudrais agir en « citoyen du monde »…  mais ce n’est pas mon expérience. Je constate qu’il est interdit à l’ex-maire du Saguenay Jean Tremblay de faire une petite prière à l’hôtel de ville,  mais qu’il est permis à Justin Trudeau de célébrer toutes les religions par déclarations officielles du bureau du premier ministre. C’est quand-même curieux.

À défaut d’adopter une approche de laïcité – tel qu’on s’attend de nos représentants au Québec – le premier ministre canadien joue un jeu faussement inclusif. Devant une longue litanie de vœux à travers l’année, le Canadien moyen est en droit de se demander si Trudeau est sincère ou s’il ne poursuit pas encore un objectif électoraliste.

Trop de minorités à plaire

Selon le plan d’immigration des Libéraux présenté en 2017, le nombre d’immigrants entrant au Canada (excluant les réfugiés / migrants illégaux) passera bientôt de 290 000 à 340 000 par année. Après 2020, qui sait? on en prendrait peut-être davantage. Bénéficiant déjà d’une grande diversité, le Canada verrait une multiplication du nombre de communautés religieuses et ethniques au fur et à mesure que les sources d’immigrants augmentent. Bientôt dans un choc culturel perpétuel, faudra t-il commémorer chaque anniversaire de génocide, chaque festin de la moisson, chaque déité de village? Ça en fait déjà beaucoup de vœux pour Trudeau. À le voir aller, il faut croire que tout le monde doit se sentir spécial pour le salut de la fédération canadienne.

Banaliser la religion

Avant son élection au plus haut poste de pouvoir de l’État, Justin Trudeau travaillait à temps partiel en enseignement. En tant que professeur d’art dramatique, notre premier ministre est donc capable de livrer un message. Cependant, on ne s’attend pas à ce qu’il réfléchisse au texte.

Prétendre que le « cœur du Ramadan » serait un ensemble de valeurs telles que « la compassion, la gratitude et la générosité » c’est mal connaître l’Islam. Trudeau fait une erreur similaire dans ses vœux de Pâques : il réduit le plus important jour de fête d’obligation de la religion chrétienne à une collection de valeurs et une chasse aux cocos. Est-ce qu’il comprend quelque chose à la foi et les croyances de toutes ces religions qu’il célèbre?

Multiculturalisme : diviser pour mieux régner

À force d’évoquer nos différences dans ses déclarations officielles, notre premier ministre encourage le communautarisme. Si les minorités se complaisent dans leur différences, c’est en partie parce qu’elles se sentent validées par le chef d’état. En stimulant la ghettoïsation Trudeau exacerbe les stéréotypes et valide l’impression partagée par certain gens du pays vis-à-vis des communautés issues de l’immigration : qu’elles refusent de s’assimiler.

Je ne suis pas convaincu que ça soit la recette du succès national en matière d’intégration. Un vrai chef se doit d’être rassembleur, et devrait trouver ce qui nous unit. Il ne devrait pas systématiquement mettre le doigt sur ce qui nous divise.

Ramadan Mubarak pareil à mes amis musulmans.


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Raymond Ayas

Raymond est co-fondateur et directeur de Stratégique Solutions Immobilières Inc., une agence immobilière commerciale à Montréal. Un animal politique ayant milité depuis l'adolescence, il habite entre deux mondes, ayant concilié origine immigrée et profond nationalisme québécois. Raymond est impliqué dans sa communauté notamment à la commission scolaire de ses enfants. Il assure également la présidence de l'Association conservatrice d'Ahuntsic-Cartierville et la présidence du Conseil de surveillance de la Caisse Desjardins de Bois-Franc—Bordeaux—Cartierville.

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